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Baise-moi est peut-être un porno hard, sans doute une tentative de coup médiatique, certainement un coup business bien préparé, et plutôt réussi, aussi une occasion intéressante de toiletter la loi sur les classements de ce genre de film, mais surtout rien de tout ça.

D’abord car à la longueur des scènes de cul usuelles dans le cinéma porno, il substitue des étreintes rapides qui ressemblent plus à l’acte de la mante religieuse qu’à toute forme de relation home-femme, totalement niée tout au long du film. Ensuite parce que les actrices ont des personnages à faire vivre, ce qui tranche singulièrement avec les rôles qu’elles ont eu à assumer auparavant. De leur propre aveu, elles en ont fini avec la galère du hard, et ce film est leur libération.

Baise-moi est alors cette fois une film de violence hallucinatoire ou le cul ne sert que d’appât ? Sans aucun doute : les mots insoutenables et morbides semblent être les leitmotiv du film. Humiliation, sadisme, mort et stupidité sont définitivement les axes directeurs de cette production. Le scénario exprime d’une façon crue et plate la vengeance contre un monde haï, et comme tout ce qui est destruction, vise à la haine de soi et à l’autodestruction.

Autant de bruit pour signaler la revanche sociale d’une écrivain détruite par la dureté et la méchanceté de notre société et la fin de carrière de deux hardeuses ? Autant de bruit pour un film fondé sur les rapports de force et niant toute connivence avec le spectateur ?

Le débat n’est évidemment pas autour du classement du film. Il est à dire que la barbarie est à nos portes, et que les moyens pour la conjurer restent à inventer, comme tout ce qui peut encourager l’amour entre les deux sexes. Parce qu’il est bien plus difficile de parler d’amour sur un ton juste que de provoquer un mini-scandale autour de thèmes hard sur des sentiers largement battus. Le sadisme en moins, le mythe Lara Croft n’est pas loin, qui n’est jamais que la fuite et l’impossibilité de s’engager vers l’amour de l’autre. Tout reste à dire en termes de communication entre les hommes et les femmes, car le malaise s’agrandit.
 

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